Les réseaux thermiques sont un élément important pour la mise en œuvre de la stratégie énergétique 2050 et la réalisation de l’objectif de zéro émission nette. Les Perspectives énergétiques 2050+ prévoient près du doublement de la consommation de chaleur à distance (CAD) et à proximité par rapport au début des années 2020. En conséquence, des réseaux de CAD sont actuellement construits ou étendus dans de nombreuses villes suisses. L’un des principaux facteurs de coûts est le temps nécessaire à la construction de conduites avec des systèmes de tuyaux en acier. Cela est en partie dû également à la technique d’assemblage actuelle, le soudage. En outre, cette technique requiert des spécialistes expérimentés disposant de connaissances en soudage, qui sont de plus en plus difficiles à trouver. Une solution envisageable pour contrer ces difficultés liées à la construction de conduites pourrait être l’utilisation d’assemblages par sertissage pour les conduites de CAD en acier.
SVGW a organisé en juin un colloque d’échanges d’expériences pour discuter des attentes concernant les assemblages par sertissage, ainsi que leurs possibilités et leurs limites d’utilisation. La première partie de l’échange d’expériences s’est focalisée sur les systèmes d’assemblages par sertissage pour les conduites de CAD enterrées, et la seconde partie sur l’utilisation des assemblages dans le bâtiment.
Compte tenu des forces de dilatation, des pressions Ă©levĂ©es jusqu’à 40 bar, des contraintes alternĂ©es liĂ©es aux variations de tempĂ©rature (forces de traction et de compression) et des tempĂ©ratures d’exploitation jusqu’à 130 °C, la CAD impose des exigences assez Ă©levĂ©es Ă la technique de raccordement. Naturellement, les assemblages par sertissage doivent eux aussi rĂ©pondre Ă ces exigences. Alexandra Zumkeller, d’eniwa AG, a rĂ©sumĂ© en une phrase les attentes d’un exploitant de rĂ©seau concernant les assemblages par sertissage: «Les systèmes Ă sertissage devraient ĂŞtre aussi bons que les systèmes de raccordement Ă©prouvĂ©s, du point de vue de la planification et de la technique de la construction et de l’exploitation.» De nouveaux systèmes ne seraient utilisĂ©s que s’ils n’entraĂ®naient aucune restriction en termes de planification, de construction et d’exploitation. Comme pour les systèmes Ă©prouvĂ©s, on attend des alternatives une durĂ©e de vie d’au moins 40 ans.Â
Lors des échanges d’expériences, deux systèmes d’assemblages par sertissage purement métalliques, sans joints en élastomère, ont été présentés par leurs fabricants respectifs: le système HAELOK par Bernhard Sauter et le système FIPE par Daniel Krieg. Le principe des deux procédés est similaire: dans le raccord installé sur le tuyau, deux cylindres coniques sont superposés par sertissage à l’aide d’un outil de sertissage (fig. 1). Le tuyau en acier est ainsi déformé selon le principe qui veut que «le plus fin cède». Le plus souvent, deux lèvres sur la face intérieure du cylindre de raccord interne sont serties dans le tuyau. Ces lèvres et les renflements ainsi formés au niveau du tuyau sont souhaités car ils évitent l’insertion ou le retrait du tuyau et rendent l’assemblage étanche.
Le procédé d’assemblage par sertissage comprend quatre étapes:
Les deux fabricants ont développé des systèmes spécialement conçus pour la CAD. FIPE a également développé un système d’assemblage par sertissage pour les conduites de CAD enterrées, le système E. Étant donné que les tuyaux de CAD sont relativement mous pour le sertissage, ce système a été complété par une douille de support installée à l’intérieur du tube, au niveau du raccord (fig. 2). FIPE propose en outre un outil de sertissage pouvant être utilisé pour les systèmes de tuyaux doubles.
Par rapport au soudage et aux autres techniques d’assemblage, le procédé de sertissage présente différents avantages:
À l’heure actuelle, le principal inconvénient est le manque d’expérience concernant le comportement à long terme des assemblages par sertissage. Cependant, la branche ne pourra acquérir cette expérience que si les systèmes sont utilisés dans des conditions réelles. En Allemagne, deux entreprises de distribution assument actuellement ce rôle de pionniers: Stadtwerke Pforzheim (SWP) et Sachsen Energie à Dresde.
Lors du colloque, Tobias Engelien (SWP) et Frank Döhnert (Sachsen Energie) ont fait état de leurs expériences avec les assemblages par sertissage dans les conduites enterrées (fig. 3). Dans les deux villes, les assemblages par sertissage sont utilisés en complément et non en remplacement du soudage, comme l’ont souligné les deux intervenants allemands.
Thomas Engelien, de SWP, a ajouté à propos du sertissage: «Il ne s’agit pas d’un système de raccordement Gardena.» Le processus n’est pas aussi simple, et il a fallu tenir compte des limites d’utilisation comme des normes. Il a également souligné que le système de CAD de SWP avait un régime de fonctionnement relativement modéré, tant au niveau des températures que de la statique des tuyaux, ce qui facilite l’utilisation de systèmes d’assemblages par sertissage. Il a cité les règles suivantes que s’est fixées SWP pour le sertissage:
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Dans l’ensemble, le procédé de sertissage a été évalué positivement par SWP. Il est utilisé à la fois pour les réparations et pour la réalisation de nouvelles parties du réseau. Quelque 1,5 km, soit 3,0 km de conduites, ont déjà été posés grâce à cette technique. Le plus grand projet individuel comprenait un tracé d’env. 860 m, 13 raccordements d’immeubles et 2 zones de vannes. L’utilisation de ce procédé sera intensifiée à l’avenir. «Tout ce qui peut être serti le sera», a expliqué M. Engelien. Il a également cité les points suivants, qui permettront d’améliorer encore la technique:
Par rapport au réseau de CAD de SWP, le réseau de Dresde est plus ancien et s’est développé au fil du temps. Il est exploité à des températures plus élevées (jusqu’à 130 °C), ce qui entraîne aussi des charges statiques plus importantes. Après de premiers tests sur une ligne d’essai enterrée spécialement conçue à cet effet, le sertissage a commencé à être utilisé en 2019 sur le réseau de CAD de Dresde, comme l’a indiqué Frank Döhnert. Depuis, 126 sertissages ont été réalisés, principalement pour des réparations entre DN 25 et DN 65. La technique a été utilisée pour le remplacement de vannes d’arrêt enterrées, de dispositifs de vidange et de purge enterrés, pour la pose de bouchons d’extrémité sur des sectionnements ou des séparations de tuyaux, pour le remplacement de différents composants et robinetteries dans des locaux techniques et des stations de transfert de chaleur ainsi que dans des ouvrages souterrains.
Étant donné qu’il s’agit de réparations dans le réseau existant, les assemblages par sertissage doivent s’accommoder des conditions existantes. Ainsi, sur les 126 assemblages, 20 ont dû être démontés après env. 1,5–2 ans d’utilisation en raison de défauts d’étanchéité (fig. 4). Il s’agissait principalement:
L’association allemande AGFW – Association pour l’efficacité énergétique dans le domaine de la chaleur, du froid et de cogénération – publie une réglementation complète, composée de fiches de travail et de notices techniques. On y trouve aussi deux fiches de travail relatives aux assemblages par sertissage:
La fiche de travail FW 449 doit être révisée, car des défauts d’étanchéité ont été constatés de manière isolée au niveau des assemblages par sertissage enterrés, montés sur des conduites de CAD soumises à de fortes contraintes statiques dans la plage des diamètres nominaux faibles et des températures de fluide supérieures à 100 °C (par ex. à Dresde, comme l’a décrit Frank Döhnert). Des représentantes et représentants d’entreprises de distribution de CAD, des fabricants, des organismes de contrôle et d’autres institutions participent à cette révision. L’objectif est de vérifier les cas de sinistre survenus, de même que les exigences relatives aux systèmes à sertissage, aux procédures de test pour les systèmes et à la fabrication d’assemblages par sertissage, formulées dans la fiche de travail. La fiche FW 449 prévoit trois tests différents pour les assemblages par sertissage à étanchéité métallique: le test de compression-traction, le test de flexion et le test de torsion. Le cas échéant, les résultats du contrôle en cours donneront lieu à une mise à jour de la fiche de travail.
Les systèmes à sertissage à étanchéité métallique précédemment décrits peuvent être utilisés pour les installations primaires dans des bâtiments, mais il est également possible de recourir à des systèmes avec des joints en élastomère, qui constituent la norme pour les installations de chauffage et d’eau potable. Contrairement aux assemblages par sertissage à étanchéité purement métallique, ces systèmes contiennent en plus un joint en élastomère permettant d’obtenir un assemblage étanche. La déformation du raccord métallique et du tuyau lors du sertissage permet d’obtenir la résistance mécanique de l’assemblage. En même temps, la section transversale du joint d’étanchéité est déformée par le sertissage. Sa capacité de reprise élastique rend l’assemblage durablement étanche.
Lors du colloque d’échanges d’expériences, deux systèmes de raccord à sertir ont été présenté pour la CAD dans des bâtiments: Mapress de Geberit AG par Lukas Quirini et Optipress de Nussbaum AG par Patrik Zeiter. Les systèmes Mapress (tube en acier CrNiMo 1.4401 ou CrTi 1.4520) sont adaptés à des températures jusqu’à 120 °C avec des joints d’étanchéité CIIR, et à des températures jusqu’à 140 °C avec des joints d’étanchéité FKM (respectivement PN 25). La plage d’utilisation du système Optipress avec EPDM est encore limitée à 110 °C et 16 bar, mais on examine actuellement en se basant sur la fiche de travail FW 524 de l’AGFW, si l’utilisation de joints toriques EPDM peut être autorisée jusqu’à 120 °C au moins.
Étant donné que le nombre de branchements d’immeuble à réaliser chaque année augmente en raison de l’expansion du réseau de CAD à Lucerne, et que l’entreprise de distribution ewl s’est fixé pour objectif d’augmenter sa production interne, la décision a été prise de passer à un système à sertissage (Mapress de Geberit). Milorad Markovic (ewl) a témoigné de l’expérience acquise dans le cadre de ce changement. Outre les nombreux avantages, comme un taux de production interne plus élevé, l’amélioration de l’efficacité et de la sécurité au travail, il a également abordé la courbe d’apprentissage lors de la mise en place du sertissage: «Les interfaces (filetages, brides) ont dû être définies en interne.» Un autre inconvénient est que la gamme n’est pas encore entièrement compatible avec le sertissage. Il manquait ainsi des composants spéciaux comme des robinetteries de purge ou des robinets à boisseau sphérique. Des transitions supplémentaires sont ainsi nécessaires, ce qui engendre des frais de matériaux un peu plus élevés. Sa recommandation a été toutefois claire: «Testez cette modification.»
Le colloque d’échanges d’expérience a clairement montré que l’intérêt porté à des alternatives au soudage est important dans le secteur de la CAD, même si à l’heure actuelle, peu de structures ont acquis une expérience propre. En ce qui concerne les systèmes enterrés avec joint métallique, les intervenants des services techniques des deux villes allemandes ont confirmé qu’ils continueront d’être utilisés malgré de premières expériences négatives. Selon eux, il était important de savoir pourquoi un raccord a cédé dans une situation donnée, afin d’en tirer des enseignements et d’améliorer la technique. La révision actuelle de la fiche de travail FW 449 «Exigences de contrôle» de l’AGFW contribuera également au perfectionnement de la technique du sertissage. Les exposés de Geberit, Nussbaum et ewl Luzern ont montré qu’il existe des systèmes à sertissage éprouvés pour la tuyauterie primaire dans le bâtiment, qu’une entreprise de chauffage locale pourrait également mettre en œuvre. À l’exception de quelques anciens réseaux avec des températures et pressions relativement élevées, les conditions cadres pourraient être réunies en Suisse pour l’utilisation de systèmes de raccord à sertir standards dans de nombreux projets actuels d’expansion et de construction de nouvelles installations de CAD.
Les présentations du colloque d’échanges d’expériences «Assemblages par sertissage dans les réseaux de chaleur à distance» peuvent être consultées sur le site Internet de SVGW.
Pour plus d’informations à ce sujet, Andreas Peter, spécialiste gaz/chaleur, se tient également à votre disposition.
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