Le chauffage à distance trouve ses racines dans le canton de Neuchâtel au début du XXe siècle, dans un contexte marqué par l’essor industriel et urbain. En 1926, La Chaux-de-Fonds inaugure le premier réseau de chauffage à distance (CAD) de Suisse, en valorisant la chaleur issue de l’usine électrique pour alimenter les bâtiments voisins (fig 1 et 2 et encadré 1). Ce modèle novateur se diffuse rapidement à l’échelle cantonale. En 1949, Le Locle met en service ses premiers réseaux, tandis qu’à Neuchâtel, un dispositif similaire est réalisé dans l’enceinte de l’usine à gaz, notamment pour desservir des infrastructures publiques du quartier de la Maladière. Dès l’origine, les réseaux répondent à une logique toujours d’actualité: centraliser la production, mutualiser les infrastructures et améliorer l’efficacité énergétique.
Au fil des décennies, les réseaux s’étendent pour accompagner la densification des villes et évoluent sur le plan technique. Les températures de distribution, les matériaux utilisés pour les conduites ou encore les systèmes de régulation ont été progressivement optimisés. Ces changements ont permis de réduire les pertes, d’augmenter la fiabilité des installations et d’adapter le CAD aux exigences énergétiques contemporaines.
L’année 1973 marque un tournant avec la mise en service de l’usine d’incinération Cridor à La Chaux-de-Fonds (fig. 3). La valorisation thermique des déchets introduit une première étape d’une logique d’écologie industrielle régionale. Depuis, le CAD a connu une évolution continue de ses sources d’énergie. Alimentés par le charbon, puis le mazout et le gaz naturel, les réseaux intègrent progressivement des ressources renouvelables et de récupération: bois, biogaz, rejets thermiques et eaux usées.
Dans le canton de Neuchâtel, cette transition s’inscrit dans un contexte énergétique en mutation, où le gaz et le mazout couvrent encore une part importante des besoins en chaleur. Le développement du CAD, porté par Viteos, constitue ainsi un levier majeur pour la décarbonation.
Aujourd’hui, les projets de chauffage à distance mobilisent de nombreux acteurs et doivent composer avec des contraintes multiples: disponibilité des emprises, intégration architecturale, gestion des désagréments liés aux chantiers et coordination avec les autres réseaux souterrains. Leur mise en œuvre implique ainsi des arbitrages techniques et économiques à chaque étape, nécessitant une approche structurée.
En amont, Viteos s’appuie sur des analyses de densité énergétique, fondées sur des outils cartographiques (GIS) et des scénarios d’évolution des consommations, afin de prioriser les zones à fort potentiel. Ces études sont déterminantes pour optimiser les tracés, sécuriser la viabilité des projets et offrir une énergie à un prix compétitif.
Le portefeuille de projets avance à des rythmes différenciés. À Neuchâtel, la pompe à chaleur liée à la STEP est en cours de réalisation et viendra alimenter en chaleur renouvelable les réseaux actuels de Mail-Maladière et des Terreaux. Pour ce faire, Viteos travaille étroitement avec la ville de Neuchâtel, qui rénove entièrement sa station d’épuration pour inclure le traitement des micropolluants. Dès lors que le nouveau processus ne fonctionne pas en flux continu, mais par lots (ou «batch»), Viteos a pu y intégrer l’approvisionnement de l’eau du lac depuis son réseau de freecooling existant, déjà présent sur le site de la STEP. Cette configuration permet d’assurer un débit constant vers la pompe à chaleur, garantissant une activité optimale en tout temps. Dans les secteurs de Monruz et de Serrières, les études d’avant-projet se poursuivent.
À La Chaux-de-Fonds, l’évolution du réseau est étroitement liée à la construction de la nouvelle usine de valorisation thermique des déchets de Vadec. Les capacités de production de chaleur augmenteront, nécessitant des adaptations importantes du réseau. Dans ce contexte, Viteos collabore avec Vadec afin de maximiser la récupération de chaleur de la nouvelle infrastructure. Ainsi, il est non seulement prévu d’alimenter le réseau CAD à partir de l’extraction de vapeur sur la turbine, mais encore de valoriser la chaleur contenue dans les fumées. Des options d’intégration de pompes à chaleur (PAC) sur les rejets basses températures de l’usine sont également à l’étude.
Enfin, au Locle, la chaufferie actuelle sera transformée, afin d’accroître la part d’énergies renouvelables, avec une mise en service de nouvelles chaudières à bois prévue en 2028.
Tous ces projets contribuent à l’atteinte des objectifs climatiques et renforcent l’indépendance énergétique.
Au-delà des projets en cours, le déploiement du chauffage à distance repose sur un principe fondamental: utiliser la ressource disponible là où elle se trouve. Sur le littoral neuchâtelois, plusieurs projets prévoient d’exploiter l’énergie du lac, complétée par la récupération de chaleur issue des stations d’épuration et de la rivière la Serrière.
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Parmi les pistes innovantes à l’étude, Viteos se penche sur la possibilité d’utiliser le CO2 comme fluide caloporteur dans les zones où la place en sous-sol est restreinte, permettant l’emploi de conduites de plus faible diamètre. Cette technologie présente aussi un intérêt lorsqu’il y a des différences d’altitude, en raison des besoins réduits en pompage. Par ailleurs, l’utilisation du CO2 comme vecteur énergétique offre l’avantage supplémentaire de pouvoir fonctionner sur les changements de phase du fluide (liquide-gaz) et ainsi d’échanger de la chaleur à température constante. Parallèlement, d’autres pistes sont explorées, comme la valorisation du bois de déconstruction, aujourd’hui marginale, mais prometteuse.
En outre, ces réseaux ne se limitent plus à la fourniture de chaleur uniquement. Ils intègrent aussi le refroidissement, en particulier grâce à des systèmes basse température exploitant l’énergie du lac. L’eau froide peut ainsi être distribuée vers les zones à forte demande, tandis que la chaleur est produite localement par des pompes à chaleur décentralisées. Cette approche permet de réduire les pertes, d’adapter les niveaux de température et de répondre à l’augmentation des besoins en froid liée au changement climatique.
L’ensemble de ces évolutions s’inscrit dans la stratégie à long terme portée par Viteos, qui vise à étendre fortement le chauffage à distance pour atteindre environ 440 GWh de chaleur livrée à l’horizon 2050 dans les trois villes du canton. Pour concrétiser cette ambition, plus de 300 millions de francs seront investis d’ici 2035 afin de déployer les réseaux, de moderniser les installations et d’intégrer de nouvelles sources d’énergie. Au-delà du développement d’infrastructures, ces investissements transforment profondément le système énergétique. En effet, le chauffage à distance s’impose comme un levier central pour réduire la dépendance aux énergies fossiles tout en renforçant la sécurité d’approvisionnement.
Cette évolution implique toutefois d’anticiper les mutations des besoins:
Ces questions orientent dès aujourd’hui la conception des plans d’extension. Dans ce contexte, les réseaux deviennent des infrastructures plus performantes, intégrant davantage d’énergies renouvelables ainsi que des systèmes de pilotage avancés. La digitalisation joue également un rôle clé, en permettant un pilotage en temps réel de la production et de la distribution.
Cent ans après ses débuts dans les rues de La Chaux-de-Fonds, le chauffage à distance confirme sa capacité d’adaptation. Né à une époque industrielle en pleine effervescence, il s’inscrit aujourd’hui au cœur des transformations énergétiques du canton de Neuchâtel. De projet en projet, de réseau en réseau, il se déploie grâce à des investissements conséquents, une forte intégration territoriale et des collaborations avec les communes et les partenaires (voir aussi encadré 2). En valorisant les ressources locales et en réduisant les émissions de CO2, le CAD ne se contente plus d’accompagner la transition énergétique, il en devient l’un des moteurs et incarne un modèle énergétique efficient, durable et résilient, où héritage et innovation avancent de concert.
Encadré 1
Cette année, Viteos, Vadec et la Commune de La Chaux-de-Fonds célèbrent un jalon majeur de l’histoire énergétique neuchâteloise. En 1926, la Métropole horlogère est devenue pionnière, en mettant en service le premier réseau de chauffage à distance de Suisse. Il s’agit d’une opportunité unique de plonger dans l’épopée d’une infrastructure visionnaire et de comprendre pourquoi, 100 ans plus tard, elle occupe une place prédominante dans le paysage énergétique du canton de Neuchâtel.
À l’occasion de cet anniversaire, plusieurs temps forts seront organisés: les chauffages à distance gérés par Viteos ouvrent leurs portes à la population, afin de permettre aux visiteurs et visiteuses de découvrir les coulisses et le fonctionnement de ces installations. Un ouvrage historique de référence sera publié cet automne. Enfin, une exposition immersive et pédagogique consacrée à l’évolution du CAD et son influence sur la vie des Neuchâteloises et Neuchâtelois sera ouverte au public.
Plus d’informations sur les 100 ans du chauffage à distance et le programme des festivités sur: https://cad100.viteos.ch/
Depuis 2025, nous accompagnons notre clientèle dans sa planification énergétique avec un nouvel outil simple et pratique: des cartes dynamiques basées sur nos plans de développement. En quelques clics, il est possible de visualiser la disponibilité du chauffage à distance pour un bâtiment. Il suffit de saisir une adresse pour savoir si un raccordement est déjà possible ou si un projet est en cours ou prévu dans le secteur. Disponible pour l’ensemble du canton de Neuchâtel, cet outil est régulièrement mis à jour afin de garantir une information fiable et actuelle: https://www.viteos.ch/chaleur-et-gaz/carte-chauffage-a-distance/
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