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13. juillet 2026

Protection de l'eau potable

Table ronde sur la problématique du 1,2,4-triazole au bord du lac Léman

Au cours de l’été 2025, des teneurs en 1,2,4-triazole nettement supérieures à la valeur maximale fixée par l’ordonnance sur la protection des eaux (OPBD) ont été détectées dans les réseaux d’approvisionnement en eau potable autour du lac Léman. La manière de gérer ce constat a soulevé de nombreuses questions. C’est pourquoi le groupe de travail W-UK2 «Qualité et traitement de l’eau» a réuni les différents acteurs autour d’une table ronde.
Antonia Eichelberg, Martin Bärtschi, Margarete Bucheli, 

Comment gérer les concentrations élevées de 1,2,4-triazole, un métabolite pertinent de pesticides, dans l’eau potable produite à partir des eaux du Léman, qui dépassent nettement (près de dix fois) la valeur maximale fixée par l’ordonnance sur la protection des eaux (OPBD) pour les pesticides et leurs métabolites pertinents ? Cette question préoccupe actuellement les services des eaux autour du lac Léman ainsi que les autorités. Afin d’obtenir des premières réponses, la sous-commission Eau W-UK2 de SVGW a organisé le 20 mai une rencontre d’échange d’expériences à Lausanne. Outre les membres de la sous-commission W-UK2, au sein de laquelle sont également représentés des collaborateurs des services des eaux concernés du lac Léman (Service de l’eau de la Ville de Lausanne, SIGE et SIG), d’autres représentants de services des eaux ainsi que des représentants de la VSA et de la CIPEL (Commission internationale pour la protection des eaux du Léman) se sont réunis autour d’une table ronde. Par ailleurs, diverses autorités suisses et françaises étaient également présentes : l’OFEV, les services cantonaux de l’eau et de l’environnement, ainsi que les autorités chargées de la protection des consommateurs des cantons de Genève, de Vaud et du Valais, et enfin les autorités chargées de l’environnement et de la santé de la région française d’Auvergne-Rhône-Alpes.

Martin Bärtschi, de l’administration SVGW, a souhaité la bienvenue aux participants et a souligné que l’atelier devait être tourné vers l’avenir. L’objectif était de recueillir et de discuter ensemble des idées, des propositions d’amélioration ainsi que des pistes de solution possibles sur les thèmes suivants :

  • Des valeurs limites fondĂ©es sur les risques plutĂ´t que des valeurs de prĂ©caution
  • Protection des ressources en eau
  • Application du principe du pollueur-payeur
Le traitement de l’eau est-il une option?

Avant d’aborder ces trois points, le modérateur de la rencontre, Tony Merle (rwb groupe SA), a présenté différentes possibilités de traitement et les a analysées en termes de faisabilité technique, d’efficacité épuratoire, de coûts et de délais de mise en œuvre. Il a tout d’abord examiné l’option supposée la plus simple: le mélange d’eau. Cette solution ne serait pas efficace, car d’une part les concentrations dans l’eau brute sont trop élevées et, d’autre part, les réseaux d’approvisionnement en eau tirent jusqu’à 85 % de leur eau potable du lac Léman. La molécule de 1,2,4-triazole ressemblant à bien des égards à la molécule d’eau – taille et polarité similaires –, les procédés de traitement actuellement utilisés dans les usines de traitement de l’eau des lacs suisses sont donc exclus: le 1,2,4-triazole s’adsorbe mal sur le charbon actif, l’ozone ne dégrade pratiquement pas la molécule et même une oxydation plus poussée (par exemple, une ozonisation avec ajout de peroxyde d’hydrogène) n’est probablement pas très efficace. Des modélisations ont montré que l’efficacité épuratoire de la nanofiltration s’élève probablement à 25 % au maximum. Il ne reste donc comme option de traitement que l’osmose inverse.

Efficacité de l’osmose inverse

Les propriétés chimiques du 1,2,4-triazole laissent toutefois supposer qu’il diffuse en partie à travers la membrane avec les molécules d’eau. Des études sur l’efficacité d’élimination de l’osmose inverse sont actuellement menées chez Service de l’eau. Cette technologie présente néanmoins plusieurs inconvénients: une consommation énergétique élevée ainsi que l’absence de cadre clairement défini pour la gestion du concentrat produit. De plus, des étapes de traitement préalables sont nécessaires afin d’éviter le colmatage des membranes. Il faut prévoir un horizon temporel d’environ dix ans pour la mise en œuvre d’une telle nouvelle chaîne de traitement.

Valeurs limites vs valeurs de tolérance

Il a été souligné que, dans la législation alimentaire antérieure à 2017, une distinction était faite entre les valeurs limites et les valeurs de tolérance. Alors que le dépassement des valeurs limites était considéré comme un indice de risque pour la santé, le dépassement des valeurs de tolérance signalait simplement une altération de la qualité. La valeur maximale pour le paramètre «pesticides et métabolites pertinents» était auparavant définie comme une telle valeur de tolérance. En France également, la valeur du paramètre pour les pesticides (y compris les métabolites pertinents) est interprétée comme une limite de qualité. En cas de dépassement de celle-ci, un système gradué de gestion des risques est appliqué, qui a été brièvement présenté dans le cadre de la table ronde. Étant donné que la valeur paramétrique de 0,1 μg/l pour les pesticides et leurs métabolites pertinents n’est pas justifiée sur le plan toxicologique, l’accent est notamment mis sur la fixation de valeurs maximales acceptables pour la santé par l’ANSES, l’autorité française compétente.

 

Criblage des substances non ciblées et persistance

Il a en outre été suggéré d’accorder davantage d’importance à la persistance des substances. Ainsi, lors de l’évaluation des substances exigée par l’industrie, la persistance devrait être davantage prise en compte, parallèlement aux propriétés toxicologiques. Il a également été souligné à quel point l’évaluation des rejets industriels est difficile compte tenu de l’énorme diversité des substances. Si la législation sur la protection des eaux met à disposition des instruments importants, sa mise en œuvre par les cantons s’avère toutefois extrêmement exigeante. Afin de remédier à ce « retard », le recours à des dépistages non ciblés pour les rejets des entreprises industrielles est de plus en plus réclamé. En complément, comme proposé lors de la table ronde, des biotests basés sur les effets pourraient également être utilisés.

Renforcement de la surveillance

Il a également été souligné qu’un programme visant à réduire la pollution par les micropolluants existe déjà pour le Rhône. De plus, la qualité de l’eau du Rhône est surveillée peu avant son débouché dans le lac Léman ; cette surveillance est toutefois nettement moins complète que celle effectuée à la station de surveillance du Rhin (RÜS) de Weil am Rhein, près de Bâle. Des efforts sont actuellement déployés pour tirer parti de l’expérience acquise par la RÜS et renforcer en conséquence la surveillance du Rhône.

Sensibilisation des entreprises industrielles

Par ailleurs, l’approche adoptée à Bâle a été présentée : ces dernières années, le service des eaux de Bâle (IWB) a activement cherché à entrer en contact avec les entreprises industrielles situées en amont du Rhin et les a sensibilisées à leur impact sur l’eau potable. Cette sensibilisation s’est avérée essentielle. De plus, en collaboration avec l’industrie, il a été possible de réduire les rejets dans le Rhin qui posaient problème pour le captage d’eau potable. La transposition de ce «modèle bâlois» au bassin d’alimentation du lac Léman a donc été proposée comme une approche porteuse d’avenir.

Application du principe du pollueur-payeur

En principe, le principe du pollueur-payeur est ancré dans la législation suisse sur la protection des eaux. Ainsi, la loi sur la protection des eaux (LEaux) stipule: «Celui qui est à l’origine de mesures prescrites par la présente loi en supporte les coûts.» Son application concrète s’avère toutefois complexe, notamment dans des cas tels que celui du 1,2,4-triazole dans le lac Léman. Dans ce cas précis, l’entreprise industrielle responsable a rejeté ses eaux usées contenant des polluants dans le cours d’eau avec l’autorisation des autorités. Alors que le principe du pollueur-payeur est précisé dans la législation relative aux sites contaminés, une distinction correspondante fait défaut dans la législation sur la protection des eaux. 

Le principe du pollueur-payeur atteint ses limites

Il a été proposé que les entreprises rejetant des eaux usées versent une sorte de cotisation d’assurance pour leurs rejets, qui alimenterait un fonds. Ces ressources permettraient de financer des projets de recherche et de développement consacrés à la gestion des polluants. Il sera toutefois difficile de définir les critères de fixation des tarifs et de déterminer la charge polluante. De plus, le risque existe que de tels paiements soient interprétés comme un «passe-droit» permettant de poursuivre la pollution. Les participants à la table ronde se sont néanmoins accordés sur la nécessité d’agir à la source. Cependant, le principe du pollueur-payeur semble partout se heurter à ses limites. S’il s’applique relativement bien dans le cas d’événements ponctuels (accidents), il s’avère difficile à mettre en œuvre pour les pollutions de longue durée ou anciennes, notamment parce que le contexte et les dispositions légales en vigueur au moment du rejet étaient différents. 

Conclusion

La table ronde a constitué une première étape importante. Le fait que toutes les parties prenantes se soient réunies pour discuter ensemble de solutions possibles a été déterminant. Il faut désormais passer à l'action: d'une part, il faut trouver des solutions pragmatiques et viables pour les services d'approvisionnement en eau afin de gérer l'affaire du triazole; d'autre part, des stratégies efficaces sont nécessaires pour éviter à l'avenir de telles contaminations de nos ressources en eau potable. 

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